Dans un long entretien accordé à La Lettre Pro de la Radio, Christophe Schalk, président du SIRTI, détaille les priorités de la rentrée : modernisation de la radio, avenir de la FM et du DAB+, place du média dans les véhicules, publicité, information locale et audio numérique. Reconduit à la tête du syndicat, il expose également sa vision de la radio indépendante à l’horizon 2030.
LLPH – Vous avez été reconduit à la présidence du SIRTI lors de l’Assemblée générale 2026. Quel sera le dossier prioritaire de ce nouveau mandat et, surtout, sur quel sujet souhaitez-vous obtenir une avancée concrète dans les prochains mois ?
CS – Je veux d’abord remercier les adhérents du SIRTI pour leur confiance renouvelée. Je sais qu’ils seront nombreux à lire cette interview, car ils sont très attachés au travail de La Lettre Pro de la Radio, que je tiens également à saluer. Je veux leur souhaiter à toutes et à tous une très belle saison radiophonique. Le SIRTI représente aujourd’hui toute la diversité de la radio indépendante : des radios locales, régionales, thématiques ou généralistes, qui rassemblent chaque jour près de 9 millions d’auditeurs. Pour elles, la priorité de cette rentrée est claire : obtenir des avancées concrètes pour continuer à se développer et préparer l’avenir. La proposition de loi sur la modernisation de la radio sera évidemment au cœur des prochains mois. La place de la radio dans les voitures, l’allègement des mentions légales, le développement du DAB+, ou encore les conditions de régulation ou économiques de notre média sont des enjeux très attendus par les radios indépendantes, mais aussi par l’ensemble du média radio, avec lequel nous travaillons de façon resserrée pour être collectivement les plus efficaces possible.
LLPH – Vous présentez l’automne comme “décisif” avec la proposition de loi portant modernisation de la radio. Quelles dispositions sont aujourd’hui indispensables, selon vous, pour que ce texte constitue réellement une modernisation de la radio ?
CS – La priorité est de garantir le maintien de la radio hertzienne, en FM et en DAB+, dans les véhicules. C’est essentiel pour préserver un accès simple, gratuit et direct à la radio. Nous souhaitons une réponse européenne sur ce sujet mais, à défaut d’un texte européen dans des délais rapides, la France doit être motrice et prendre ses responsabilités. Cette loi doit également s’attaquer au poids devenu inacceptable des mentions légales dans les messages publicitaires. Leur accumulation pénalise directement notre média, son attractivité et son efficacité auprès des annonceurs. Il faut désormais une simplification forte et rapide. Enfin, si des sujets consensuels émergent au cours des débats, il ne faut pas s’interdire de les intégrer au texte. Je pense notamment aux enjeux musicaux et à la question des quotas francophones, sur lesquels nous travaillons actuellement avec l’ensemble de la filière. Si nous parvenons collectivement à des solutions équilibrées, pourquoi ne pas profiter de ce véhicule législatif pour les faire avancer ? Cette proposition de loi est une véritable opportunité pour la radio, mais elle est aussi le fruit de plusieurs années de travail et de conviction auprès des pouvoirs publics et des institutionnels, porté notamment par le SIRTI. Nous devons maintenant transformer ce travail en avancées concrètes pour notre média, en nous appuyant également sur les travaux de l’Arcom.
- “La proposition de loi du sénateur Laurent Lafon répond à une attente collective de l’ensemble du secteur : donner enfin à la radio un cadre qui lui permette de préparer son avenir. Nous souhaitons donc que ce texte avance avec un calendrier rapide et ferme”
LLPH – Vous défendez la nécessité de préserver la diffusion hertzienne en FM et en DAB+. Comment imaginez-vous leur coexistence dans les prochaines années et faut-il désormais fixer une trajectoire plus précise pour l’avenir de la FM ?
CS – Le DAB+ est désormais une réalité et son développement doit se poursuivre. Les radios indépendantes ont été, avec les radios associatives, les premières à se lancer et à construire l’offre DAB+ dans de nombreux territoires, en prenant avant les autres les risques économiques liés à cette nouvelle diffusion. C’était aussi pour elles une opportunité légitime de poursuivre leur développement, historiquement plus limité en FM. Mais il faut être très clair : la FM reste aujourd’hui indispensable et continue d’offrir des perspectives de développement. Des appels aux candidatures structurants sont encore en cours, notamment autour des anciennes fréquences de Mouv’. Les radios indépendantes attendent à cette occasion un geste significatif et légitime du régulateur, qui reconnaisse leur contribution au pluralisme, leur ancrage dans les territoires mais aussi les investissements et les risques qu’elles ont pris dans le développement du DAB+. La priorité reste donc d’achever le déploiement du DAB+, de poursuivre l’équipement des Français et surtout de développer les usages. La question d’une trajectoire pour la FM viendra ensuite, lorsque les conditions permettront de l’aborder sereinement et sans laisser d’auditeurs de côté. Notre ligne est simple : accélérer sur le DAB+ sans affaiblir la FM.
- “La FM reste aujourd’hui indispensable et continue d’offrir des perspectives de développement. Des appels aux candidatures structurants sont encore en cours, notamment autour des anciennes fréquences de Mouv”
LLPH – La présence de la radio dans les véhicules est l’un des sujets de la PPL Lafon. Face à des tableaux de bord où les plateformes occupent une place croissante, comment garantir aux radios une visibilité et un accès simples, sans dépendre des choix des constructeurs ou des systèmes d’exploitation ?
CS – Comme je l’évoquais à propos de la PPL Lafon, le principe doit être simple : demain comme aujourd’hui, lorsque l’on monte dans une voiture, on doit pouvoir accéder immédiatement à la radio. C’est précisément l’un des enjeux majeurs du texte. Cela ne signifie évidemment pas que la radio tourne le dos au numérique. Bien au contraire : elle y est pleinement engagée. Radioplayer France, qui rassemble très largement les radios françaises, en est une bonne illustration et permet notamment de porter collectivement nos radios dans les nouveaux environnements numériques et automobiles. Radioplayer offre par ailleurs aux véhicules la possibilité de diffuser la radio hybride, qui combine signal DAB, internet et FM et son écosystème de podcast et de webradios. Une de nos préoccupations est de garantir la souveraineté de notre diffusion. Dans le contexte actuel, pouvoir diffuser directement nos programmes et toucher nos auditeurs sans dépendre d’aucun intermédiaire, d’aucune plateforme et d’aucun réseau tiers est plus que jamais rassurant et stratégique. C’est l’une des grandes forces de la diffusion hertzienne et nous devons la préserver. C’est également un enjeu de pluralisme, particulièrement pour les radios locales et régionales, qui n’ont pas nécessairement la force de frappe des grandes marques nationales pour négocier leur présence et leur visibilité dans ces nouveaux environnements. Nous devons donc avancer sur les deux jambes : être pleinement présents dans le numérique tout en garantissant durablement un accès direct et souverain à la radio hertzienne dans les véhicules.
- “Pouvoir diffuser directement nos programmes et toucher nos auditeurs sans dépendre d’aucun intermédiaire, d’aucune plateforme et d’aucun réseau tiers est plus que jamais rassurant et stratégique”
LLPH – Vous réclamez des “conditions de concurrence équilibrées sur les marchés publicitaires”. Où se situe aujourd’hui, selon vous, le principal déséquilibre pour les radios indépendantes et quelles mesures permettraient concrètement d’y remédier ?
CS – Il faut d’abord rappeler une évidence : la publicité finance la gratuité de la radio privée. Elle finance nos programmes, nos emplois et, pour beaucoup de radios indépendantes, une information locale essentielle à la vie des territoires. Notre concurrence est évidemment aussi numérique. Nous devons faire œuvre de pédagogie, notamment auprès d’une nouvelle génération d’annonceurs et d’intermédiaires, pour sortir de l’idée que le digital serait à lui seul la réponse à tout. Un plan média responsable et efficace doit savoir associer le digital et les médias traditionnels. La radio a toute sa place dans cette complémentarité et continue de démontrer son efficacité. Dans un marché déjà très concurrentiel, nous devons également préserver les équilibres existants. Je pense notamment aux secteurs qui ne sont pas ouverts à la publicité télévisée. Nous sommes fermement opposés à toute nouvelle ouverture qui aurait pour conséquence de transférer des recettes de la radio vers la télévision. Nous sommes également particulièrement vigilants sur la stratégie de Radio France. Les transferts de fréquences intervenus cet été ont renforcé la couverture de plusieurs de ses antennes. Plus de fréquences ne peut pas vouloir dire plus d’accès au marché publicitaire. Ce serait créer un déséquilibre supplémentaire au détriment des radios privées. Nous pensons au contraire qu’il faut désormais engager une trajectoire de réduction puis de fin de la publicité commerciale sur le service public, dès lors que celui-ci bénéficie d’un financement public. Plusieurs parlementaires portent aujourd’hui des propositions en ce sens et ce débat doit avoir lieu. Enfin, il faut alléger les contraintes qui pénalisent directement l’efficacité publicitaire de notre média, notamment les mentions légales. Si nous voulons préserver une radio privée gratuite, forte et diverse, il faut préserver les moyens qui permettent de la financer.
LLPH – Les incendies de cet été vous ont conduit à rappeler le rôle des radios indépendantes dans l’information de proximité en période de crise. Au-delà de cette reconnaissance, quels moyens supplémentaires demandez-vous aux pouvoirs publics pour permettre aux stations d’assurer cette mission toute l’année ?
CS – Les incendies de cet été l’ont encore montré : lorsqu’une crise touche un territoire, les radios locales sont immédiatement mobilisées. Elles informent, relaient les consignes des autorités et donnent la parole à ceux qui sont sur le terrain. Cette capacité existe parce qu’elles sont présentes et investissent dans leurs territoires toute l’année. L’État et ses services déconcentrés, notamment les préfectures, ne peuvent pas avoir pour seul réflexe le réseau ICI de Radio France. Les radios locales privées disposent d’un maillage territorial et d’une réactivité sans commune mesure. Elles doivent être pleinement intégrées aux dispositifs de sécurité, d’alerte et d’information des populations, avec des relations organisées en amont des crises. Il faut également aller au-delà de la reconnaissance de leur utilité lorsque survient une catastrophe.
- “Nous demandons qu’une part plus importante des campagnes de communication de l’État, des établissements publics et des collectivités soit orientée vers les médias locaux. C’est aussi ainsi que l’on consolide durablement l’information de proximité. Si les pouvoirs publics veulent pouvoir compter sur les radios locales lorsque la crise survient, ils doivent travailler avec elles et les soutenir toute l’année. “Nous demandons qu’une part plus importante des campagnes de communication de l’État, des établissements publics et des collectivités soit orientée vers les médias locaux”
LLPH – Entre évolution des usages, développement du DAB+, audio numérique, plateformes et pression économique, le modèle de la radio indépendante est en pleine transformation. À quoi ressemblera, selon vous, une radio indépendante solide et viable à l’horizon 2030 ?
CS – Je suis très confiant dans l’avenir de la radio et particulièrement de la radio indépendante. Elle a toujours su évoluer avec les usages sans perdre ce qui fait sa force : la proximité avec ses auditeurs, des marques fortes, des équipes engagées et une vraie liberté éditoriale. J’ai aussi confiance parce que nous avons su nous unir et travailler collectivement au sein du média radio. L’Alliance de la Radio, Ensemble pour le DAB+ ou encore la Fédération des Employeurs de la Radio Privée nous permettent aujourd’hui de porter ensemble les grands enjeux de notre secteur. Les radios indépendantes disposent également d’un outil solide et structurant avec le GIE Les Indés Radios. Il joue un rôle essentiel pour leur développement et pour préparer leur avenir, aux côtés et en complémentarité de l’action syndicale menée par le SIRTI. La force du SIRTI est justement de réunir des modèles différents : radios locales, régionales, thématiques ou généralistes. Toutes ont en commun une identité forte et une vraie proximité avec leurs auditeurs. Dans cette diversité, nous restons particulièrement attachés à la place des médias locaux : “un média local, c’est capital”. Ils font vivre les territoires, créent du lien social, donnent la parole et contribuent au débat démocratique. Qu’elle s’adresse à un territoire ou à une communauté d’auditeurs, la radio indépendante crée du lien et de la proximité. Dans un univers de contenus toujours plus mondialisé, cette singularité sera encore plus précieuse demain. C’est aussi ce qui nous rend très optimistes pour 2030.
